Gorilla tracking

Nous y voilà, c’est le jour de notre trek tant attendu dans la forêt impénétrable de Bwindi, écosystème unique situé dans le sud-ouest de l’Ouganda, qui abrite une grande variété d’espèces sauvages et d’espèces menacées. Cette forêt abrite la moitié de la population mondiale de gorilles de montagne de notre planète, soit environ 340 individus.
Un trek aux gorilles est fait d’imprévus et il est difficile de savoir à l’avance combien d’heures nous allons marcher. Il faut s’attendre à une marche longue et souvent ardue, dans un environnement escarpé et glissant, parfois sous la pluie. Nous avons eu un temps magnifique, pas de boue !

Nous étions à 7h30 au Visitor Centre pour s’enregistrer et attendre notre répartition dans l’un des 4 groupes de visiteurs. Il existe des règles strictes de suivi des gorilles qui incluent le nombre maximum de 8 visiteurs pouvant visiter un groupe de gorilles habitués en une journée. Ceci minimise les perturbations du comportement des gorilles et le risque de leur exposition à des maladies d’origine humaine. Le port du masque est obligatoire en cette époque de COVID-19.

Nous sommes affectés à la famille Rushegura, sous la direction de Julius. Nous prenons les voitures pour nous rapprocher de notre point de départ, au pied de la colline de Rushegura, au milieu d’une zone agricole. Début du trek à 8h45.

Une bonne condition physique est plus que recommandée. Je ne vais pas vous mentir, si vous êtes essoufflé en montant un escalier, vous allez souffrir. Je suis montée à mon rythme, en profitant des pauses pour boire et manger des barres aux céréales. Le bâton de marche fourni par le lodge est incontournable.

Engager un porteur est vraiment une bonne idée. Richard a porté nos sacs contenant chacun une lunchbox, 2 litres d’eau et une veste de pluie. Il m’a aidé un peu à la montée et beaucoup à la descente en me donnant la main dans les passages raides ou trop haut pour mes petites jambes.

Nous attaquons l’ascension sans savoir où se trouve précisément notre groupe de gorilles. Cette famille de 19 individus est assez sédentaire. Julius nous explique que des rangers, partis ce matin à leur recherche, vont l’appeler dès que le groupe sera localisé. La bonne nouvelle arrive à mi-pente, cela nous donne un bon coup de fouet !

Il nous faudra 2 heures pour atteindre la crête et encore un petit quart d’heure de cheminement sur le territoire des gorilles avant de retrouver les 3 rangers. La végétation est haute, nous voyons bouger des branches. Les machettes sont de sortie pour dégager un sentier.

À des fins de protection, le temps passé à observer les gorilles est limité à une heure et la distance à maintenir est de 7 mètres. De part notre proximité génétique (98% d’ADN commun), nous pouvons respectivement nous transmettre des maladies.
La distance est assez difficile à respecter : parfois, le gorille passe tout près, parfois c’est le ranger qui vous attrape et vous colle à 3 mètres d’un dos argenté ! Un grand mâle peut mesurer entre 1,40 et 1,80m pour un poids d’environ 160 kg.


Les rangers sont là pour nous briefer sur le comportement à adopter face aux gorilles. Ils dénichent les animaux dans les buissons, les apaisent en imitant leurs grognements, coupent les branches pour les rendre visibles, décryptent leurs comportements.

Notre heure démarre avec l’apparition d’un premier bébé, plutôt curieux. Nous sommes sous le charme.

Il y a 3 autres jeunes dans la famille, que nous verrons également avec leur maman respective. Les jeunes gorilles marchent et grimpent à 1 an mais leur éducation dure 8 ans, dans une grande proximité avec leur mère. Le dos argenté, certain de sa paternité, les protègera contre d’autres gorilles ou contre des hommes.

L’apparition du dos argenté Kabukojo est un moment intense. Il hésite et nous jauge avant d’avancer. Il est suivi par une femelle et son bébé. Parlons un peu de l’organisation sociale des gorilles : une famille est en fait un harem, protégé par un mâle dominant au dos argenté. Il se compose de 1 à 5 femelles en moyenne qui ne sont pas liées entre-elles et de leurs petits. Les femelles changent de groupe à la puberté car l’inceste est un tabou chez les gorilles. Les jeunes mâles quittent aussi la famille, certains restent et secondent fidèlement le dos argenté comme c’est le cas dans le clan Rushegura (Il y a actuellement 4 mâles adultes).
Premier gros frisson !

C’est le mâle dominant qui décide de tout pour sa famille: le lieu de repos ou de nourrissage en particulier. Les gorilles de montagne sont des folivores. Ils passent beaucoup de temps à manger, des feuilles et des tiges, dans un habitat assez restreint à flanc de montagne.

Voilà maintenant une playlist de 3 vidéos : dans la première, une femelle avec un jeune. Dans la seconde, un petit mec avec sa maman. Il commence à se frapper le torse (fin de la vidéo). Sur la dernière un jeune dos argenté qui a des mains énormes !

Notre temps est écoulé, pas trop vite je dois dire et nous quittons les rangers. Ils vont rester à proximité de la famille pour reprendre la piste le lendemain, là où ils les auront quittés.
Nous mangeons notre pique-nique au col. Je partage avec les porteurs, qui sont ravis.
Lors de la pause, Julius nous raconte des histoires de la famille Rushegura, nous avons tous les yeux humides quand arrive sa conclusion : « These guys are like us ».
J’espère que mes photos donnent aussi cette impression de proximité, certains sont pensifs, d’autres ont le regard doux.

Le retour est plus rapide mais non moins périlleux car la pente est raide. Je suis plus à l’aise et je peux discuter avec Richard. Il y a 200 porteurs à Buhoma pour 32 visiteurs par jour, qui ne prennent pas tous un porteur. Il y a donc un roulement et Richard ne travaille pas tous les jours dans la forêt. Avant la crise du Covid, il avait une activité de moto-taxi mais a dû vendre sa moto ! Il économise pour pouvoir bénéficier d’un prêt associatif et repartir de l’avant. Il reste très positif et « confiant dans les projets que Dieu a pour lui ». A l’arrivée, nous échangeons nos numéros de téléphone pour rester en contact sur What’app.

Nous sommes de retour à 14h30 au Visitor Center. Julius fait passer le trombinoscope de la famille, pour nous permettre de les identifier sur nos films ou photos.

C’est le moment de la remise de diplôme à l’américaine. Nous sommes sincèrement contents d’y être tous parvenus. Certains ont failli abandonné et un ranger a littéralement tiré une dame de Kampala en surpoids dans la montée. Alors oui, bravo !